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Coachs personnels : mentors, motivateurs et plus encore

Les aspirants à la profession ne manquent pas

Les risques du coaching

Lundi 26 février 2001

Coachs personnels
Les risques du coaching
Sylvain Larocque
La Presse

Photo Michel Gravel, La Presse
Laurence Stezewski soutient que la première tâche d'un coach est d'identifier les "besoins exprimés et sous-jacents" du client.

Il n'existe au Québec aucune association de coachs, et l'Ordre des psychologues - dont certains membres font du coaching - n'a pas encore pris position sur la question. Pourtant, l'intérêt public est en jeu, déplorent certains spécialistes.

"Je vois un danger potentiel, un danger d'opportunisme", dit Robert J. Vallerand, professeur au département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal. "Il va falloir surveiller comment ça va se développer. Le monde rapide dans lequel nous vivons amène les gens à rechercher du quick fix; or, il est loin d'être certain que les coachs répondent aux besoins de tout le monde."

Les coachs personnels, comme les psys, peuvent avoir un grand ascendant sur leurs clients, estime M. Vallerand. Or, s'inquiète-t-il, les coachs n'ont pas de comptes à rendre au public en cas d'erreur puisqu'ils ne sont pas, contrairement aux psychologues, regroupés au sein d'un ordre professionnel. "On n'a aucun droit de regard sur le comportement de ces personnes", déplore-t-il, en rappelant que les psychologues fautifs peuvent être sanctionnés par le syndic de leur association.

Coach personnel depuis plusieurs années, Linda Gadoury reconnaît avoir "énormément d'influence" sur ses clients. "C'est moi qui décide, lance-t-elle. C'est pourquoi un bon coach doit respecter des valeurs fondamentales comme la responsabilité et l'intégrité."

"L'un des dangers que je vois, poursuit le professeur Vallerand, c'est que le client accepte les valeurs de son coach comme les siennes. Les conditions gagnantes pour la personne qui gagne (le coach) ne sont pas nécessairement celles qui conviennent à tout le monde. Le client doit se demander si ce que son coach lui propose est vraiment ce qu'il recherche."

De son côté, Laurence Stezewski, d'iCoach-u, soutient que la première tâche d'un coach est justement d'identifier les "besoins exprimés et sous-jacents" du client, et non d'en imposer. "Je ne fais que trouver sur quel vecteur il doit travailler", précise-t-elle.

Un début et une fin

Un autre risque qu'entrevoit le professeur Vallerand, qui s'est penché sur les relations entre les athlètes et leurs entraîneurs, c'est que des clients deviennent dépendants de leur coach. "On voit ça assez souvent dans le monde du sport: l'athlète n'est plus capable de décider lui-même, il ne peut plus se passer de son coach, qui tient toutes les ficelles. Sa motivation devient extrinsèque, alors qu'elle devrait demeurer intrinsèque. C'est souvent le cas quand l'entraîneur est contrôlant et dit continuellement "fais pas si, fais plutôt ça", sans demander à l'athlète ce qu'il en pense."

Ce constat ne l'empêche pas d'admettre que le coaching a ses vertus. "Nos études ont démontré qu'il peut être très motivant pour un athlète d'avoir un entraîneur qui prodigue des conseils spécialisés et adaptés sur mesure", relate-t-il. M. Vallerand fait toutefois remarquer qu'à sa connaissance, il n'existe pas de recherche sur le phénomène des coachs personnels, que ce soit ici ou ailleurs.

Selon lui, le rôle du coach doit être d'amener son client à se motiver lui-même, de l'aider à se prendre en main. "Au bout d'un certain temps, la personne doit pouvoir dire je n'en ai plus besoin, je suis capable par moi-même. Mais comme (être coach) est très rémunérateur, il peut y avoir de l'abus. Tous les coachs ne sont peut-être pas formés dans ce sens-là."

Linda Gadoury, à l'instar de tous les coachs interrogés, assure qu'un mandat "standard" se limite à un an, même si certains clients auront peut-être besoin d'être "coachés à vie". "Ça doit durer un certain temps: il faut de l'entraînement, pas seulement une injection, explique-t-elle. On n'est pas une béquille, mais plutôt un pilier qui renforce. Mon but est de faire du client un leader indépendant; je ne le laisse pas dans le noir, pas plus que je le garde "faible" (dépendant) sur mon payroll. Il en va de ma réputation."L'idée d'être "coaché à vie" vous fait sourciller? Vous n'avez encore rien vu: aux États-Unis, des coachs personnels offrent leurs services- gratuitement, tout de même- aux adolescents. Après tout, la puberté, la crise d'adolescence et les devoirs, ça se gère, non?

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