Lundi 26 février 2001

Coachs personnels
Mentors, motivateurs et plus encore
Sylvain Larocque
La Presse
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Photo Robert Skinner, La Presse |
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La vie de Sylvie Racicot n'est plus la même
depuis qu'elle a retenu les services, en avril dernier, du coach personnel Étienne
Couture. |
Il y a 10 ans, seuls les dirigeants de
grandes sociétés pouvaient se permettre le luxe d'engager un coach personnel. Depuis
deux ou trois ans, suivant une tendance qui nous vient bien sûr des États-Unis, de plus
en plus de Québécois de la classe moyenne font appel à ces spécialistes de
l'organisation et de la motivation pour atteindre leurs objectifs et "aller plus
loin". Des spécialistes payés de 150$ à 3000$ par mois.
C'est très, très efficace. C'est
quasiment magique! Je travaille moins, mon compte en banque va mieux, j'ai plus de temps
pour moi. Mes relations avec mon chum, mes enfants et mes amis se sont améliorées; bref,
tout est à sa place. Pour moi, les problèmes sont devenus des situations
temporaires."
Le moins qu'on puisse dire, c'est que
la vie de Sylvie Racicot n'est plus la même depuis qu'elle a embauché un coach
personnel. En avril dernier, quand elle a rencontré Étienne Couture pour la première
fois, elle sortait d'un épuisement professionnel qui avait drainé une bonne partie de
ses énergies et de ses ambitions.
Aujourd'hui, elle n'hésite pas à
attribuer le mérite de son "renouveau" à l'ancien ingénieur en mécanique
converti en coach, avec qui elle parle quatre fois par mois.
"Au début, je me suis dit que
j'allais l'essayer pendant trois mois pour voir ce que ça allait donner, raconte-t-elle.
Il fallait quand même que j'obtienne un rendement." Les résultats ont été si
concluants qu'elle vient de retenir les services de son coach pour épauler les trois
cadres de la compagnie d'entretien ménager qu'elle a fondée il y a 15 ans. "C'est
un très bon investissement. Étienne est devenu une sorte de partner", lance-t-elle
fièrement.
Mais que fait donc le coach personnel?
Pour l'expliquer, Mme Racicot ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec le monde
des sports, d'où la fonction tire son origine. "Au hockey, les joueurs ne se voient
pas aller sur la glace, dit-elle. C'est le coach qui leur permet de se rendre compte de
certains aspects de leur jeu qu'ils ne peuvent pas percevoir tout seuls."
"Ce que nous apportons à nos
clients, c'est un oeil extérieur", confirme Linda Gadoury, coach personnel et
associée de M. Couture. "Nous leur offrons la possibilité de voir au-delà de leurs
problèmes, d'avoir une perspective plus large."
La plupart de ceux qui recrutent un
coach personnel le font pour atteindre des objectifs professionnels: être plus productif
au travail, améliorer leurs rapports avec les collègues, obtenir une promotion. Mais un
nombre grandissant de personnes recourent aux coachs pour harmoniser leurs relations
familiales.
"Il peut m'arriver de poser à un
client des questions sur sa relation avec sa femme, si je pense que ça joue un rôle
(dans l'atteinte des objectifs), précise Linda Gadoury, qui a déjà été mandatée pour
régler des problèmes de couple. "Je prends tout en considération. Il faut qu'on
puisse avoir des conversations ouvertes."
Sylvie Patenaude, enseignante au cégep
de Saint-Laurent, a fait appel à Étienne Couture pour organiser une soirée hommage à
son père Jean, compositeur et professeur de musique. "C'était trop gros pour mes
petites épaules, relate-t-elle. Le projet n'aurait jamais pu prendre l'ampleur qu'il a
eue sans Étienne. Il a fait en sorte que ça fonctionne en enlevant du chemin ce qui
m'empêchait d'aller plus loin." Durée de la mission: un an et demi.
En repoussant les limites de la sorte,
ne risque-t-on pas de brûler la chandelle par les deux bouts? "Étienne me
protégeait de la menace de devenir une super-woman", répond Mme Patenaude, qui se
rappelle de cette période comme "l'une des plus extraordinaires" de sa vie.
Une question d'affinités
S'il est vaste, le champ d'action du
coach personnel est profondément ancré dans le concret. Il ne s'agit pas d'échafauder
de grandes théories, mais plutôt de mettre en pratique des stratégies réalistes dont
les résultats seront tangibles à court terme. Bref, le coach impose une discipline et
assure un suivi."Certains clients nous disent que ça fait 10 ans qu'ils essaient de
faire quelque chose, mais qu'ils frappent toujours un mur, explique Étienne Couture. Une
fois qu'ils ont atteint leurs buts, ils nous disent: "Je le savais ce qu'il fallait
faire, mais je ne l'avais jamais mis en pratique". Le coach permet de passer à
l'action."
Ce que Mme Racicot aime
particulièrement chez son coach, c'est sa capacité d'écoute. Elle apprécie également
sa neutralité. "Je sens Étienne détaché, il ne met pas ses émotions dans son
travail", dit-elle, en soulignant que quelqu'un d'autre pourrait préférer un coach
qui laisse une plus grande place aux sentiments.
En fait, tout est question
d'affinités, conviennent les coachs interrogés. Un bon coach est d'abord quelqu'un avec
qui on a au moins quelques atomes crochus. Rien de plus normal: les coachs s'attendent à
ce qu'on ne leur cache absolument rien, alors s'il n'y a pas de lien de confiance...
Linda Gadoury estime en outre qu'un
coach doit être "en contrôle" de sa propre vie pour être capable d'aider les
autres. "Je ne m'en cache pas: je suis forte dans tous les domaines de ma vie, clame
celle qui a déjà été agente immobilier. J'ai réussi tout ce que j'ai entrepris."
En somme, il faut être "gagnant" soi-même si l'on aspire à faire
"gagner" les autres.
Et ce n'est pas parce qu'on est gagnant
qu'on n'a pas besoin d'un plus grand que soi. "Les bons coachs ont eux-mêmes un
coach plus grand qu'eux pour les guider, poursuit Mme Gadoury. Tout ce que je demande à
mes clients, je l'applique moi-même."
Pas pour tout le monde
Selon plusieurs, c'est Thomas J.
Leonard qui a donné naissance au métier de coach personnel. À la fin des années 80, ce
planificateur financier de Seattle donnait à des jeunes riches des conseils en matière
d'investissement. Il s'est vite aperçu que plusieurs d'entre eux avaient des questions
plus globales. Changeant son titre pour celui de "planificateur de vie", il a
fondé en 1992 Coach University (Coach U), un centre de formation virtuel pour coachs.
Quatre ans plus tard, il vendait l'"université" électronique pour deux
millions.
"Un coach, c'est une petite voix
qui te demande: es-tu vraiment en train de faire ce que tu veux? Qu'est-ce que tu as fait
cette semaine pour atteindre ton but? Un coach s'assure que tu es sur la bonne voie",
illustre le gourou.
Aussi attirant soit-il, le coach n'est
pas pour tout le monde, tient à préciser le président actuel de Coach U, Sandy Vilas.
"Tout le monde est intéressé par le phénomène, mais ce n'est pas tout le monde
qui a besoin d'un coach", assure-t-il.
On l'aura deviné, un tel service
s'adresse avant tout à ceux qui en ont les moyens: un coach personnel coûte de 150 $ à
3000 $ par mois. À ce prix, on a droit à trois ou quatre appels téléphoniques (d'une
demi-heure chacun) et, dans certains cas, à une rencontre d'une heure. Laurence
Stezewski, directrice-fondatrice de la firme montréalaise iCoach-u, assure qu'elle adapte
ses tarifs en fonction des revenus de sa clientèle "afin de permettre au plus grand
nombre de bénéficier de services jusqu'à présent réservés à une élite".
Élite ou pas, un minimum d'ambitions
s'impose. "Il faut que les objectifs à atteindre soient suffisamment grands",
affirme Étienne Couture.
Encore faut-il que le client sache ce
qui l'anime. "J'ai déjà passé une heure avec quelqu'un, et je n'arrivais pas à
cerner ce qu'il voulait accomplir. Je lui ai dit de me rappeler quand il serait prêt,
confie Jean-Pierre Fortin, coach personnel et fondateur de l'école Coaching de Gestion.
On peut aider une personne à préciser ses buts, mais on ne peut quand même pas les
choisir pour elle!"
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